L'essentiel

Comment initier ses enfants aux merveilles de la nature ?

 Comment éveiller ses enfants aux joies et richesses de la nature ? Pour répondre à cette vaste question, de multiples structures, dont les associations du mouvement France Nature Environnement, proposent des formations, MOOC ou encore ateliers à destination des parents… Pour vous livrer quelques conseils, trois spécialistes de la question ont accepté de répondre à notre interview croisée : Amélie Sander de la Fédération Connaître et Protéger la Nature (FCPN), Ludivine Millet animatrice de France Nature Environnement Seine et Marne et Emilie Lagoeyte d’Éveil et Nature.  

Auriez-vous quelques conseils et activités à suggérer à des parents qui souhaitent initier leurs enfants aux merveilles de la nature mais manquent un peu d'inspiration ?

Amélie Sander de la FCPN : Pas besoin d’aller chercher très loin, au sens propre comme au sens figuré, il suffit très souvent d’amener l’enfant dans un espace de Nature pour qu’il trouve seul à s’occuper. Le jeu libre est l’activité qui ne demande aucune préparation et qui va permettre à l’enfant de prendre du plaisir à explorer seul : courir dans les feuilles, marcher dans une flaque d’eau, enjamber une branche, jouer avec un bâton, regarder une fourmilière, gratter la terre.

C’est bien souvent ce contact en toute liberté qui manque à nos enfants. C’est au cours de ce jeu libre que l’enfant apprendra à observer. Très souvent, il appellera l’adulte pour lui faire partager ce qu’il voit, il ne lui demandera pas nécessairement le nom de la plante ou de l’insecte qu’il observe. Il suffit de s’émerveiller avec lui et d’attirer son attention sur les détails à observer plus précisément. Apprendre à observer est la première aptitude à développer chez un enfant. C’est à partir de cette observation que les parents peuvent eux même suggérer des activés de prolongement : trouver 5 feuilles différentes, une plume, une fleur jaune, fabriquer une couronne de fleurs, faire un mandala avec des éléments naturels, etc.

Ludivine Millet de FNE Seine et Marne : Le respect de la nature passe d’abord par la connaissance de la faune et de la flore qui nous entourent. Cette connaissance s’acquiert par la curiosité et l’observation. Les merveilles de la nature sont partout autour de nous. Ouvrez grands vos yeux et vos oreilles, la nature saura vous remercier de cette attention portée à son égard.

Nous avons la chance d’avoir quatre saisons. Des saisons où la nature évolue. À l’automne, profitez d’une promenade pour récolter des feuilles multicolores et de nombreux fruits (glands, samares, faînes, pomme de pin…) puis confectionnez des tableaux avec les feuilles et des personnages rigolos avec les fruits. En hiver, la nature est calme, le temps est froid et pluvieux, idéal pour rester au chaud à la maison et bricoler des mangeoires et des nichoirs pour aider nos amis à plumes à passer la saison hivernale et trouver un abri pour la naissance de leurs oisillons au printemps. Au printemps, la nature s’éveille, quoi de plus beau que d’écouter lors d’une promenade le chant mélodieux des oiseaux. C’est aussi l’épanouissement des fleurs, profitez-en pour les identifier en réalisant un herbier coloré. En été, boîtes loupes en main, partez en promenade à la recherche des petites bêtes.

Pour moi, le plus important n’est pas de connaître le nom de tous les animaux, le nom de tous les végétaux. Le plus important c’est d’initier ses enfants à être curieux et observateurs pour devenir des « observ-acteurs ».

Emilie Lagoeyte d’Eveil et Nature : Partir en quête des traces laissées par les animaux me semblent une entrée intéressante : chercher des empreintes, des noisettes rongées, des terriers, etc. Mener l’enquête avec les enfants pour essayer de comprendre ce que faisait l’animal quand il a laissé ces traces (dans quelle direction marchait-il, comment s’y prenait-il pour ronger sa noisette, le terrier semble-t-il encore habité…). Et bien sûr, essayer d’identifier l’animal en question : chevreuil, écureuil, blaireau, etc. Un guide de détermination est souvent une aide intéressante.

La posture de l’adulte influence celle de l’enfant. Il semble préférable de chercher à cultiver son enthousiasme, de lui permettre d’être dans l’action sans l’assommer avec de longs discours !

© Photo Soren Astrup Jorgensen

Y a-t-il des activités qui enchantent plus particulièrement les adolescents ? 

Amélie Sander de la FCPN : C’est l’âge où on aime être entre copains, s’affranchir un peu de la surveillance des parents, mais le jeune ado garde encore une attirance pour le jeu, pour l’aventure. Alors à cet âge, ils adorent construire des cabanes pour en faire leur repère ou leur camp retranché. Ils aiment organiser des jeux entre eux, souvent en inventant leurs propres règles, laissez-les faire.

Pour les plus âgés, laissez les dormir à la belle étoile dans votre jardin, passez un temps autour d’un feu de camp.

Ludivine Millet de FNE Seine et Marne : La photographie peut être un bon moyen pour les adolescents de s’exprimer en restant en lien avec la nature.

Et les tout-petits ?

Emilie Lagoeyte d’Eveil et Nature : Les tout-petits sont curieux de tout, la nature est leur terrain de prédilection. A nous adultes d’apprendre à lâcher prise et s’émerveiller à leurs côtés ! Plus que des activités, il me semble important d’équiper les petits baroudeurs d’une tenue qui ne les freinera pas dans leurs explorations (vêtements qui peuvent se salir, pantalon imperméable…).

Les tout-petits s’imprègnent de notre attitude : si nous sommes détendus dans la nature et curieux de ce qui nous entoure, ils le seront aussi. A l’inverse si nous avons peur de tout, ils seront inquiétés. Questionner nos peurs et nous donner les moyens de les dépasser permettra à nos bambins de croquer à pleines dents les merveilles de la nature !

Pour beaucoup, les sorties nature semblent bien plus limitées quand on habite en ville. Qu’aimeriez-vous leur répondre ?

Amélie Sander de la FCPN : C’est vrai qu’en ville on trouve plus difficilement des grands espaces de nature, mais elle est toutefois bien présente et ce n’est pas toujours la taille qui fait la richesse d’un lieu : même un petit jardin peut être un lieu d’exploration. Il y a aussi les parcs urbains dont la gestion commence à évoluer : on peut marcher dans les pelouses, trouver des bandes de terrain cultivées de façon plus « sauvage », où la biodiversité est bien présente.

Si on dispose d’un balcon, on pourra créer une mini réserve à insectes dans une jardinière : planter quelques plantes mellifères et créer des mini-refuges à abeilles solitaires à l’aide de tige creuses.

Ludivine Millet de FNE Seine et Marne : La nature en ville n’est pas forcément plus limitée, mais elle est différente. Entre la nature « en ville » et la nature « en campagne », vous ne verrez pas les mêmes plantes, les mêmes animaux.

Petite anecdote, je vois plus souvent le renard et l’écureuil du bois derrière chez moi (donc en ville) que des animaux de la forêt de Bréviande (lieu de travail). La nature est partout, il faut juste apprendre à l’observer.

Emilie Lagoeyte d’Eveil et Nature : La nature en ville n’a pas le même visage qu’à la campagne et je suis la première à ressentir un besoin régulier d’évasion dans les grands espaces. Mais il est merveilleux d’apprendre à ouvrir nos yeux et ceux de nos enfants sur la force discrète de la nature en ville.

En ville, on approche de plus près les oiseaux qu’à la campagne. On côtoie des arbres magnifiques. Les fleurs sauvages regagnent du terrain et les rapaces reviennent nicher dans certains clochers. Sans doute est-ce l’agitation permanente qui nous détourne de cette étonnante biodiversité ? Et si l’on commençait à consacrer chaque jour quelques minutes attentives à la nature sur le pas de notre porte ? Car même en ville, elle a bien des choses à nous insuffler !

Quel est le but de vos formations à destination des familles ?

Amélie Sander, FCPN : Le principal objectif est de montrer aux parents qu’il ne faut pas être un naturaliste expert pour éduquer son enfant à la Nature. Il existe pleins de petites astuces et idées d’activités, très simples à réaliser. Durant la formation, ils les expérimentent ensemble : jeu de Kim (jeu d’observation et de mémoire), land’art, chasse aux trésors, photographie, etc.

Un second objectif est effectivement d’apporter aux parents un peu de culture naturaliste qu’ils n’ont pu acquérir dans leur enfance. Eux-mêmes ont peut-être vécu loin de la Nature et n’ont jamais appris à nommer les arbres ou les fleurs les plus courants dans notre environnement proche. Il ne s’agit pas d’une connaissance naturaliste poussée mais plutôt de s’avoir simplement les reconnaitre, les nommer mais aussi retenir quelques petites informations spécifiques qui provoquent l’étonnement ou permettent un prolongement par une activité à faire avec leur enfant : la bardane qui est l’origine du « velcro », la tige creuse du sureau qui permet de fabriquer un pipeau, etc.

Découvrir le programme « Nature en Famille »

© Photo Ryan Hagerty

Ludivine Millet de FNE Seine et Marne : Le but de nos ateliers familles est de proposer des moments de partage entre les parents et leurs enfants, des moments connectés à la nature où l’on apprend en s’amusant, des moments conviviaux…

Contacter FNE Seine et Marne

Emilie Lagoeyte d’Eveil et Nature : Nous proposons des formations en ligne pour donner aux adultes qui souhaitent éveiller des enfants à la nature les outils dont ils ont besoin : des idées d’activités, des connaissances naturalistes mais aussi des conseils pour intéresser les enfants et s’adapter selon leur âge.

Parce que nous avons constaté que beaucoup, parents ou professionnels de l’enfance, ont peur de ne pas assez s’y connaître, de manquer d’idées ou tout simplement de temps.

Le but de ces formations est de permettre de se sentir capable de se lancer, simplement : nous pensons que chacun peut devenir passeur de nature pour ses enfants, nos formations proposent en vidéo une démarche, des activités et des outils pour passer à la pratique !

Découvrir la formation en ligne « Passeur de Nature »

© Photo Ryan Hagerty