L'essentiel

Les 5 atouts des zones humides face au dérèglement climatique

Les zones humides rendent bien des services au monde vivant. Parmi leur myriade de bienfaits, ces territoires de rencontre entre l'eau et la terre ont de sérieux atouts face au dérèglement climatique. Explications de France Nature Environnement.

2010 : 29 morts et disparus dans le Var. Automne 2014 : 17 morts et disparus dans le Sud-Est de la France. Octobre 2015 : 21 morts et disparus dans les Alpes-Maritimes... Derrière ces chiffres, des inondations d'une ampleur folle, meurtrière, dévastatrice dont la répétition est consternante.

Les fortes pluies liées au climat local du Sud-Est sont en cause. Avec le dérèglement climatique, ces intempéries risquent de devenir plus fréquentes, plus intenses et plus longues. Mais à cette météo s'ajoute un facteur aggravant : une urbanisation irréfléchie. Étudiant les inondations du Var en 2010 et 2011, un rapport sénatorial de 2012 a d'ailleurs épinglé l’aménagement du territoire conduit dans ce département : il a amplifié les inondations et ses dégâts.

Photo : inondations à Montpellier (Hérault) lors de l'épisode cevenol de 2005

L'attrait touristique du Sud-Est de la France, particulièrement du littoral méditerranéen, a conduit à une forte urbanisation du territoire. Des zones humides et des terres agricoles ont été détruites pour de nouveaux bâtiments, de nouvelles infrastructures. Seulement, tous ces aménagements ont imperméabilisé les sols. Résultat : les sols n'absorbent plus l'eau, celle-ci ruisselle, et lors d'intempéries, les inondations prennent alors de l'ampleur conduisant à davantage de désastres humains et matériels.

Pourtant, ces drames ne sont pas une fatalité. En tenant compte de la valeur des zones humides, certains territoires ont atténué les effets des inondations.

Le génie du nord ou comment les zones humides freinent les inondations

Merville, ville sur l’aval du bassin versant de la Bourre, dans le département du Nord. Les inondations étaient fréquentes dans la commune. En cause ? La météo mais également les digues aux abords de la rivière qui empêchent l’eau de se répandre sur des surfaces non vulnérables. Le cours d'eau ne peut pas dissiper naturellement son énergie et quand le courant est fort, le risque d’inondation est augmenté et les dégâts aggravés.

Face à ces inondations récurrentes, l’Union syndicale d'aménagement hydraulique du Nord a pris en main le problème. Elle a décidé de recréer une zone d’expansion de crues de la Borre Becque, sur l’amont du bassin. Les travaux ont consisté à ôter les digues de part et d’autre du cours d’eau sur 1.5 km. Grâce à cela, le lit mineur de la rivière, qui désigne le tracé du cours d'eau par temps clément, a été reconnecté à son lit majeur, la surface occupée par la rivière lors de fortes pluies. L’Union syndicale d'aménagement hydraulique du Nord a également créé des prairies humides sur une superficie de 50 hectares environ. Elles permettent de stocker jusqu'à 547 200 m3 d’eau.

Photo : Héron Pourpré © Matthieu Gastinois, 1er prix du jury concours photo 2016 France Nature Environnement – Agence de l'eau Loire-Bretagne

Grâce à ces zones humides recréées, l'aménagement a non seulement réduit les risques d'inondations pour les populations à l’aval mais a également résolu aussi les désordres hydrauliques secondaires d’inondation des réseaux ou voiries.

Merville et le Sud-Est, deux exemples, deux visions de l'aménagement du territoire et une leçon : les zones humides sont de sérieux atouts face aux effets du dérèglement climatique. Plaines inondables, tourbières, bras morts de cours d’eau, vasières, mangroves… ces milieux humides aux visages multiples offrent bien des services à l'humanité face au dérèglement climatique.

1 – Les zones humides limitent les effets inondations

Comme le montre l'exemple de Merville, les zones humides jouent un rôle primordial face aux inondations : elles permettent d’une part à l’eau de s’épandre en limitant les dommages pour la population, et d’autre part, elles stockent l’eau, ce qui réduit le ruissellement à l’origine des inondations. Ainsi, certaines zones humides peuvent stocker jusqu’à 15 000 m2 d’eau par hectare.

2 – Les zones humides atténuent les sècheresses

Si elles limitent les effets des inondations, c'est grâce aux facultés d'éponge des zones humides : en cas de pluies, elles stockent mais elles sont également partageuses lors des sècheresses. Quand la chaleur et le soleil assèchent les cours d'eau, les zones humides vont lentement libérer leurs eaux. Elles vont alors alimenter les nappes souterraines et les cours d’eau. Un service particulièrement utile par temps sec.

3 – Les zones humides rafraîchissent lors des canicules

Et parfois, s'ajoute à la sècheresse la canicule. Quand le thermomètre grimpe, personne ne s'y trompe : les points d'eau et la verdure sont pris d'assaut. Aires de stockage de l'eau logeant une riche biodiversité, les zones humides prodiguent alors un air rafraîchissant. Les surfaces d’eau s'évaporent et la végétation libère également une douce fraîcheur par le phénomène d’évapotranspiration. Les zones humides deviennent alors des agréables îlots de fraîcheur. Et puisque le dérèglement climatique risque de rendre ces phénomènes météorologiques plus fréquents, longs et intenses, la préservation des zones humides s'avère essentielle pour s'en prémunir.

4 – Les zones humides littorales ralentissent le grignotage de la côte

Qui dit dérèglement climatique dit également montée des eaux et érosion du trait de côte. Selon certaines études, la présence de zones humides sur le littoral permet de réduire les coûts des dommages des tempêtes et ouragans de 10 % à 20 %. Mangroves, marais salants, vasières… ces milieux forment un rempart naturel contre le vent, la houle et les vagues car ils stabilisent les sédiments, ce dépôt mouvant laissé par le vent et les eaux. C'est ainsi qu'ils limitent l’érosion des côtes. À titre d'exemple, 200 mètres de mangrove en bon état permettent de réduire de 75% l’énergie d’une vague. Et une vague moins puissante grignote moins vite la côte. Grâce à leurs propriétés, ces zones humides protègent ainsi l’arrière littoral de l’élévation du niveau de la mer et des submersions marines.

Photo : Mangroves de Guadeloupe © Slaunger

5 - Les zones humides stockent le carbone, gaz responsable du dérèglement climatique

Si les zones humides possèdent bien des atouts pour faire face aux effets du dérèglement climatique, elles permettent également d'atténuer ce dérèglement. En effet, les zones humides stockent naturellement le carbone, l'un des principaux gaz responsable du réchauffement climatique. Et en la matière, les grandes reines sont les tourbières, territoires où les débris végétaux se dégradent de manière incomplète dans un milieu saturé en eau. À elles seules, elles permettent de stocker 25 à 30 % du carbone dans les écosystèmes terrestres alors qu’elles ne couvrent que 3 % de la surface terrestre. Les tourbières stockent donc deux fois plus de carbone que l'ensemble des forêts du monde.

Les zones humides nous protègent, protégeons-les !

Les bienfaits des zones humides ne se limitent pas à l’atténuation des catastrophes naturelles et du dérèglement climatique. Elles abritent également une biodiversité particulièrement riche. Filtre naturel, elles contribuent aussi à la dépollution des eaux. Milieux fascinants et très généreux avec le monde vivant, les zones humides sont souvent déconsidérées. 67 % des zones humides ont disparu depuis le début du siècle.

Le mouvement France Nature Environnement a à cœur de faire connaître les bienfaits des zones humides, de sensibiliser le grand public sur ces espaces exceptionnels mais aussi de les défendre dans les commissions et instances de décision ou encore de dénoncer et alerter les pouvoirs publics lorsqu’elles sont menacées. Chaque année, le 2 février, le mouvement profite de la journée mondiale des zones humides pour vous concocter de nombreuses animations tout au long du mois de février afin de vous faire découvrir les secrets de ces milieux d'exception.

Découvrir les animations de l'édition 2017