L'essentiel

Les zones humides, précieuses alliées des villes face aux inondations, pollutions, canicules...

Aires de rencontres entre l'eau et la terre, les zones humides regorgent de bienfaits. Pourtant, ces milieux naturels sont encore trop souvent considérés comme inutiles voire nuisibles : en France, 67 % d'entre eux ont disparu entre 1960 et 1990. Bénéfiques à la campagne, ces zones humides sont également de sérieux atouts pour les villes et surtout pour leurs habitants. Canicules, pollution, épisodes climatiques extrêmes... France Nature Environnement vous invite à découvrir les atouts des zones humides présentes dans nos villes et livre quelques conseils pour que les communes préservent ces formidables milieux.

Une zone humide en ville, ça existe ?

Pour répondre à cette question, il faut déjà préciser ce qu’est une zone humide. Regardons donc la définition nationale, posée techniquement par l’article L.211-1 du code de l’environnement. Il nous apprend que les zones humides sont des terrains, exploités ou non, qui sont habituellement inondés ou gorgés d'eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire. Quand la végétation y est présente, elle est dominée par des plantes qui aiment l’humidité, dites plantes hygrophiles1, pendant au moins une partie de l'année.

Autrement dit, de très nombreux milieux représentent des zones humides : mares, marais, tourbières, étangs, lagunes, estuaires, prairies humides, boisements humides, bords des cours d’eau...

Il est donc possible de trouver des zones humides au sein et en périphérie de nos villes. Ce sont souvent des espaces aménagés par l'Homme, des mares dans les parcs et jardins urbains, mais pas que. Cherchez bien, il y a probablement près de chez vous un milieu humide qui ne demande qu’à être découvert… et protégé. Car ces milieux regorgent d'atouts.

1 Exemples : la fameuse Renoncule à feuille d’ophioglosse, les joncs, roseaux, l’aulne, le saule cendré, l’iris faux-acore, le lycope d'Europe, la reine-des-prés, la menthe aquatique, le peucédan des marais sont toutes des plantes hygrophiles généralement présentes en zones humides.

1 / Les zones humides luttent contre la pollution de l'eau

Les zones humides fonctionnent comme de véritables filtres : les sols et les plantes qui les composent retiennent une très grande partie des pollutions induites par l’homme. Les zones humides stockent ainsi toxines dangereuses, pesticides agricoles et résidus industriels, avant que ceux-ci ne transitent vers les nappes d’eau souterraine qui sont l’une des principales sources de prélèvement pour la production d’eau potable en France. Il existe par ailleurs de nombreuses stations d’épuration construites aujourd’hui en France sur le modèle des lits plantés de roseaux, imitant le fonctionnement naturel des zones humides (traitement des eaux usées utilisant l’association des bactéries et des végétaux : c’est la phyto-épuration). Ainsi à eux seuls, les marais de Rochefort en Charente-Maritime épurent naturellement 5000 m3 d’eaux usées de la ville chaque jour au sein d’une zone de lagunage de 70 hectares intégrée aux 13 000 hectares de zones humides.

Comment les zones humides contribuent à dépolluer les milieux aquatiques ?

2 / Les zones humides, précieuses alliées face aux sècheresses et aux canicules

Avec le dérèglement climatique, les villes sont les premières touchées par les canicules : elles souffrent du phénomène d'îlots de chaleurs. L'été 2017 illustre bien ce phénomène. Dans certaines villes françaises, les thermomètres affichaient pendant plusieurs jours les 40 degrés. La nuit, les températures ne redescendaient pas sous le seuil des 20 degrés alors qu'en campagne, elle pouvait être de 8 à 10 degrés inférieures : l'urbanisation des lieux et leur manque de verdure ne permettaient pas de faire redescendre la température.

Face à cet air suffocant, les zones humides offrent une assistance de poids. Elles rafraîchissent en effet l’air ambiant en l’humidifiant grâce à la lente évaporation de l’eau et à la transpiration des plantes que l’on y trouve. Elles influencent ainsi la température atmosphérique, en la refroidissant. Les zones humides luttent également par ce phénomène contre les sècheresses. Un phénomène que les citadins connaissent d'instinct : lors des fortes chaleurs, ils affluent naturellement autour des étangs, lagunes, estuaires et autres boisements humides afin de profiter de la beauté mais aussi de l'îlot de fraîcheur offert par les zones humides. Une aide non négligeable pour rendre nos villes plus vivables.

Les 5 atouts des zones humides face au dérèglement climatique

3 / Les zones humides aident dans la lutte contre les inondations

Les zones humides sont de véritables milieux tampons, régulateurs des phénomènes climatiques extrêmes. Elles absorbent les trop-pleins d’eau en cas de crues des fleuves et rivières. Cela réduit significativement le risque d’inondations auquel nos villes sont très vulnérables, en raison du nombre élevé et concentré de personnes directement exposées. Les villes ont donc tout intérêt à préserver ces milieux : ils préservent ainsi leurs infrastructures mais aussi – et surtout - leurs habitants. Certaines communes commencent ainsi à mieux le comprendre, à l'image de la Teste de Buch, en Gironde. La ville a fait le choix de détruire ses polders, des étendues artificielles de terre créées pour recouvrir l'eau et donc la zone humide. Cette « dépoldérisation » des prés salés ouest de la ville rend à la zone humide ses atouts : elle se rempli à nouveau au gré des marées et peut assurer le stockage de 37 000 m³ d’eaux pluviales, un précieux réservoir qui limite le risque d’inondation.

4 / Les zones humides aident les citadins à se sentir mieux dans leur ville

Des études l’ont montré2 : les zones humides absorbent une partie des nuisances sonores des villes, comme de véritables éponges à bruit. Elles sont également des espaces frais où il fait bon de se ressourcer et de faire une pause : l’accès à la nature en ville demeure un facteur essentiel pour le bien-être des habitants. Lieux de promenades où l’on peut croiser petites et grosses bêtes et où l’on peut sentir fleurs et plantes, les zones humides permettent à chacun de prendre un bon bol d’air. Pour développer ce bien-être, et l'offre touristique de la ville, Jarny, en Meurthe-et-Moselle, a aménagé une zone humide en un lieu de promenade en plein cœur de l’espace urbain, reliant ainsi deux quartiers. Ponton d’observation, passerelle, panneaux d’information et tables de pique-nique permettent aux visiteurs de profiter et mieux comprendre leur richesse biologique tout en découvrant au plus près faune et flore aquatiques.

2 Bolund & Hunhammar 1999 Ecological Economics

5 / Les zones humides, leviers économiques et attraits touristiques

Poissons, roseaux et herbes pour la vannerie, plantes médicinales ou encore fruits... les zones humides regorgent de ressources qui peuvent s'avérer être de sérieux atouts économiques, touristiques et pédagogiques pour les villes. Lieu de randonnée, elles attirent touristes et autres curieux. Les possibilités de sorties naturalistes qu’elles offrent sont aussi un atout non négligeable pour qui veut développer et diversifier les services de son territoire.

Ainsi, le marais de Saint-Omer dans le Pas-de-Calais garantit un cadre de vie durable pour ses habitants : la zone humide audomaroise est un site remarquable. Il offre des ressources économiques et des activités de loisirs aux habitants de l’agglomération. Maraîchage, élevage, pêche, tourisme, activités nautiques, paysage ouvert en font un cadre de vie viable et agréable. Afin de préserver et reconnaître ces services rendus par le marais, la communauté d’agglomération de Saint-Omer a intégré cette zone humide et ses fonctionnalités dans son Schéma de cohérence territoriale (SCoT), document d’urbanisme de référence. Ainsi, toute politique de développement de l’agglomération doit suivre comme axe directeur la préservation du marais.

Les zones humides en péril face à l'urbanisation galopante

Malgré les nombreux atouts des zones humides, réelles alliées des villes, ces milieux reculent dans les espaces urbains, écrasés sous le poids d’une urbanisation croissante. La tendance mondiale est encore à l’accroissement de la population urbaine : aujourd’hui, la moitié des habitants de la Terre vit en ville ; d’ici à 2050, ce sera plus des 2/3. Il faut de l’espace pour accueillir toutes ces personnes, alors les projets immobiliers drainent, assèchent, comblent les zones humides. Pourtant, il est largement possible de faire cohabiter zones humides et urbanisme.

Les 5 commandements des villes pour préserver les zones humides

Plusieurs actions très concrètes permettent de protéger les zones humides dans les espaces urbains. Voici 5 commandements que doivent suivre les collectivités pour les protéger et bénéficier de leurs nombreux bienfaits.

1 – Une cartographie des zones humides, tu réaliseras

La 1ère des choses à faire pour préserver les zones humides est de les connaître. Ainsi, le travail de cartographie des zones humideses commence par une identification sur le terrain en observant le type de végétation et le type de sol. Il est possible de réaliser une cartographie communale permettant d’intégrer directement les zones humides dans les documents d’urbanisme. Ce travail d’inventaire peut être coordonné ou réalisé par différents acteurs, dont les structures porteuses de Schéma d'Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE), les syndicats de rivière ou de bassin versant, les établissements publics territoriaux de bassin (EPTB) ou les parcs naturels régionaux (PNR).

2 - Les zones humides dans tes documents d'urbanisme, tu intègreras

Leurs noms ne font pas rêver et pourtant, les documents d'urbanisme sont l'alpha et l'oméga de nos paysages : utilisés par les pouvoirs publics, ils visent à planifier et à structurer l'aménagement du territoire sur lequel nous vivons. Prendre en compte les zones humides dans ces documents sur la base des inventaires réalisés est donc une étape importante. Elle participe à la préservation de ces milieux essentiels. Ainsi, Plan locaux d’urbanisme (PLU) ou cartes communales, Schémas de cohérence territoriale (SCoT) sont autant de documents planifiant et structurant les villes au sein desquels on se doit de considérer les zones humides.

3 – Ton foncier, tu maîtriseras

Projets de revitalisation, maîtrise du coût du foncier, achat ou vente de terrain… Les collectivités disposent également, avec la maitrise du foncier, d'une série d'outils intéressants pour la préservation des zones humides urbaines. Ainsi, les parcelles concernées par une zone humide peuvent être achetées par la collectivité ou encore d’autres acteurs comme les conservatoires du littoral, les agences de l’eau, etc. Afin de s'assurer d'une bonne gestion des zones humides, une convention avec des propriétaires de parcelles concernées par une zone humide peut également être signée.

4 - L'entretien des zones humides, tu assureras

Un plan de gestion, prévoyant des actions de restauration et/ou d’entretien des zones humides, peut par ailleurs être mis en place. Pour être efficace et qu’il soit approprié par l’ensemble des usagers concernés, ce plan de gestion doit être élaboré en concertation avec les acteurs (associations, agriculteurs, forestiers, chasseurs, etc.). Par le biais de ce plan de gestion, des suivis scientifiques ou une mise en valeur des sites peuvent être programmés.

5 – L'intérêt des zones humides, tu expliqueras

Pour être efficaces sur le long terme, tous ces outils doivent s’accompagner d’une sensibilisation des habitants en les impliquant par exemple dans la gestion de ces milieux exceptionnels.

Ainsi, en comprenant mieux leurs rôles et leurs intérêts, ces citoyens seront plus à même de participer à leur préservation. Et si l'intérêt de faire connaître ces milieux aux citoyens est certain, l'information des maires et décideurs publics est également une pierre angulaire de leur préservation. Dans l'objectif de faire connaître les possibilités et atouts de la préservation de ces milieux, un palmarès récompense les villes ayant fait le choix de vivre avec leurs zones humides depuis 2010.

Maires, agents techniques, collectivités : découvrez des expériences innovantes

A l’issue du Grenelle de l’environnement, est en effet lancé le Grand Prix « Zones humides en milieu urbanisé », qui s’inscrit dans le plan « Restaurer et valoriser la Nature en ville ». La première édition a permis de récompenser et mettre en lumière 10 actions en faveur de ces milieux.

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Grâce à ce concours, le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema) a pu valoriser ces actions dans un ouvrage intitulé Milieux humides et aménagement urbain : dix expériences innovantes.

Ce Grand Prix existe toujours sous le nom de « milieux humides et urbanisme ». Piloté par les ministères de la Transition écologique et solidaire et de la Cohésion des territoires, il se déroule dans le cadre du Plan national d’action en faveur des milieux humides 2014-2018. Objectif : mettre en avant de nouvelles expériences territoriales de préservation, création ou restauration de milieux humides. Les lauréats de l’édition 2017 de ce Grand Prix seront connus lors de la journée mondiale des zones humides du 2 février 2018.

Citoyens, partez à la découverte des zones humides

Le mouvement France Nature Environnement a à cœur de faire connaître les bienfaits des zones humides, de sensibiliser le grand public sur ces espaces exceptionnels mais aussi de les défendre dans les commissions et instances de décision ou encore de dénoncer et alerter les pouvoirs publics lorsqu’elles sont menacées. Chaque année, le 2 février, le mouvement profite de la journée mondiale des zones humides pour vous concocter de nombreuses animations tout au long du mois de février afin de vous faire découvrir les secrets de ces milieux d'exception.

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