Militante passionnée, Frédérique Resche-Rigon a fait de la réconciliation de l'homme avec la nature son combat quotidien. Pour elle, la nature est une expérience, une relation sensible qu'elle-même entretient depuis son enfance dans la Drôme, et qui se cultive. Petite fille, elle était souvent confiée à des amis de ses parents très proches de la nature. " Nous partions à la cueillette du muguet, des champignons, et beaucoup d'autres d'activités en plein air. C'est là que j'ai pris le goût du lien physique avec la nature, de ses odeurs, ses couleurs, etc. Ces expériences ont énormément compté dans ma vie ".
En 1974, Frédérique entame des études de biologie puis travaille en parallèle dans un Centre d'Initiation à la Nature à Grenoble. À l'époque, les acteurs associatifs s'emparent du sujet de l'éducation à l'environnement, notion présente aujourd'hui dans l'éducation populaire, le tourisme, la santé. Après sa thèse d'écologie, elle retourne travailler à Lyon comme fonctionnaire municipal et adhère à la FRAPNA Rhône (Fédération Rhône-Alpes de Protection de la Nature) en tant que bénévole. Elle est embauchée par l'association quelques mois plus tard. Alliant connaissances scientifiques et approche pédagogique, la militante veut préserver le lien de l'homme et du vivant. Cela passe par des actions d’éducation à l’environnement et au développement durable (EEDD), un des axes du combat écologique depuis de longues années. On estime que la question occupe 25 % des salariés du mouvement France Nature Environnement.
Accompagner des personnes malvoyantes sur les plages et leur faire découvrir coquillages et galets, expliquer les lois du compost aux enfants, encourager les citoyens à récolter des données naturalistes : l'éducation à la nature et à l'environnement s'adresse à tous, tout au long de la vie. Loin de se limiter à l'acquisition de savoirs, elle modifie des comportements parfois ancrés en faveur d’une perception pacifique, intelligente et sensible de la nature. Frédérique Resche-Rigon en est persuadée, " ce qui change une société, c’est de connaître, partager et être ému ". Comme dans toute lutte à portée sociale, il est difficile pour les éducateurs de mesurer la portée de leurs actions. Mais certaines scènes valent tous les indicateurs. Tel ce jour où sur un chemin, Frédérique a recroisé une petite fille qui refaisait toutes les activités de la sortie nature avec sa mère. Pour les plus grands, le message passe lors des évènements organisés par la FRAPNA Rhône, tels que des soirées contes, ou encore Manifesterre, un évènement annuel où philosophes, scientifiques, artistes et amateurs racontent chacun à leur manière une rencontre avec la nature. "Toutes les paroles sont d’or. L’idée est de mêler art et réalité scientifique pour montrer à quel point nature et culture sont mêlées", raconte-t-elle de son ton vif et chaleureux.
Aujourd’hui directrice de la FRAPNA Rhône, elle s'investit au sein de FNE, en particulier au sein du réseau Education et sensibilisation à l'environnement aux côtés de Pierre Beaudouin, et en travaillant à plusieurs échelles tout en poursuivant sa mission d’éducation auprès d’un public toujours plus large. Elle participe , au réseau GRAINE Rhône-Alpes, et représente FNE à la fois au Collectif Français pour l’EEDD, plate-forme des acteurs de la société civile œuvrant en faveur du développement de l’éducation à l’environnement en France , et à l’Espace National de Concertation où toutes les parties sont présentes (Etat, collectivités, entreprises, syndicats, associations etc.).
De corps, d’esprit et de cœur, c’est ainsi que cette femme en quête d'authenticité vit son engagement au quotidien. Ses lectures et ses escapades avec les botanistes de la FRAPNA Rhône nourrissent également sa conception des liens entre l'Homme et la nature. Avec enthousiasme, la Lyonnaise retrace l’année 2013 qui fut très riche en évènements pour l’EEDD, notamment pour sa ville qui a accueilli les Assises Nationales en mars. Elle prononce l'un des discours d'inauguration. " Voir tous ses collègues et ce public rassemblés et attentifs autour d’une même cause, c’est un grand mélange de trac, de joie et d’énergie. C’était un moment très fort. " Toujours en 2013, le Conseil économique social et environnemental s'est penché sur l'EEDD. Et lors de la Conférence environnementale, une des tables rondes a été consacrée au thème de l’éducation.
Malgré cette reconnaissance croissante, l'éducation à l'environnement n'est pas assez considérée par rapport à l’enjeu. La militante déplore le manque de régularité des interventions, en milieu scolaire notamment. Passionnée et fidèle à son engagement, Frédérique n’a pas fini de s’impliquer. " Nous devons défendre la sensibilisation au vivant, à la biodiversité, aux écosystèmes et à tout l’environnement naturel ". Après plus de 30 ans d'engagements, dans une vision à la fois écologique et humaniste, Frédérique Resche-Rigon espère, malgré les embûches, encore un changement de nos comportements.
Leïla Dhaou